Le weblogue de Matthieu Walraet

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The Clockwork Rocket - Greg Egan

Yalda étudie la physique à l'université de Zeugma. Elle est célibataire, refuse d'avoir des enfants et fréquente les milieux féministes. Cette vie libérée est tout juste tolérée en ville mais pas dans la campagne dont elle est originaire. Il faut dire que le mode de reproduction de son espèce n'est pas très favorable au sexe féminin. Ah, et la physique qu'elle étudie n'est pas celle de notre univers. Déjà la vitesse de la lumière dépend de sa couleur. Cela, n'importe quel enfant qui regarde les trainées colorées que font les étoiles le sait. Yalda, à la suite d'une série d'observations, va établir une nouvelle théorie de la lumière qui bouleverse l'intégralité de la physique. Cette théorie va être mise à l'épreuve par l'apparition de phénomènes astronomiques étranges. Phénomènes qui, d'après Yalda, pourraient s'avérer dangereux pour le monde lui-même, à moins qu'une solution ne puisse venir de sa nouvelle théorie.

"The Clockwork Rocket" est le premier volet de la trilogie "Orthogonal". Greg Egan repousse encore une fois les frontières de la science-fiction, du coté de la hard-science extrême. Tout ce que vous avez lu jusqu'à présent et que vous avez qualifié de "hard-science" n'est que du "soft" comparé à Orthogonal. A part peut-être "Incandescence", du même auteur, qui était déjà bien corsé. Cette fois-ci, Egan va encore plus loin, mais parvient à mieux intégrer ses spéculations scientifiques au récit.

La physique alternative de l'univers d'Orthogonal est un véritable tour de force. Ce n'est pas juste la description de quelques propriétés différentes de la notre. Tout est cohérent. Le lecteur suit le cheminement des personnages qui créent les théories et les expliquent avec moult diagrammes. Ce n'est pas un vain exercice, chacun des points abordés sur le monde de la fiction est l'occasion de réfléchir sur les théories équivalentes du notre. Sachez de plus que ce qui est décrit dans le roman n'est que la partie émergée de l'iceberg. Le reste se trouve sur le site de Greg Egan. Je cite: "Ces liens comprennent l'ensemble des notes : un texte de plus de 80000 mots et plus d'une centaine d'illustrations. Les pages marquées [extra] vont considérablement plus dans le détail, et ciblent les lecteurs ayant fait des études de physique et de mathématique au niveau universitaire."

http://gregegan.customer.netspace.net.au/ORTHOGONAL/ORTHOGONAL.html#CC

Nul autre que Greg Egan n'était capable d'aller aussi loin dans la création d'un univers doté d'une physique différente de la notre, tout en ne sacrifiant pas l'intérêt de l'histoire et la profondeur des personnages. J'ose affirmer qu'il a atteint avec ce roman un optimum et que dans le genre il n'est pas possible de le dépasser. Bien entendu, ce n'est pas un modèle : c'est un extrême. Il n'y a nul besoin d'aller jusque-là pour écrire d'excellents romans de science-fiction. Egan est lui-même capable d'aborder des registres très différents, comme le prouve son précédent roman "Zendegi".

Bomba Kryptologiczna

J'ai écrit une deuxième nouvelle de Science-Fiction : Bomba Kryptologiczna.

Elle est disponible sous licence Creative Commons, ici :

http://matthieu.walraet.net/nouvelles/

J'en ai profité pour publier de la même façon "Le Prix du Pardon".

Encore quelques lectures SF

"Unica" d'Elise Fontenaille. Il était temps que je le lise, vu que ce roman a reçu le "Nouveau Grand Prix de la Science-Fiction Française", dit aussi Prix du Lundi. Je fais partie du jury de ce prix, dont la création nous avait valu une nomination aux Razzies 2006. "Unica" est court et percutant. J'avais tendance à me méfier du sujet, la traque des pédophiles sur internet. L'auteur s'en tire bien, en évitant d'imposer un point de vue et en se focalisant sur son personnage.

"Dans la dèche au Royaume Enchanté" de Cory Doctorow. Dans la société Bitchun, chacun dispose de l'indispensable : nourriture, accès au réseau, immortalité ! La propriété a disparu. La réputation, mesurée en "whuffies", remplace la monnaie. Des organisations, appelées "adhocs", s'organisent autour de projets selon le modèle du logiciel libre pour apporter des services et aider ainsi leurs membres à accumuler des whuffies. L'action se passe à Disneyland, qui illustre comment l'adhocratie permet de gérer un parc d'attraction. La concurrence est rude, chacun peut tenter de remplacer les équipes en place par un projet plus populaire.

Le prochain bouquin sur la liste, propulsé direct sur le dessus de la pile "à lire", est "Incandescence" le dernier Greg Egan.

Rainbows end

J'attendais beaucoup du dernier roman de Vernor Vinge, "Rainbows end" je n'ai pas été déçu.

L'histoire se passe dans un futur assez proche et pourtant étonnant tellement la technologie à évolué. On retrouve l'idée de Vinge sur la singularité, comme quoi la technologie évolue non pas de façon exponentielle mais plus vite encore, au point d'atteindre une asymptote. Les progrès de l'informatique, des télécommunications, de la nanotechnologie et des biotechnologies se renforcent mutuellement, sont de plus en plus rapides grâce à des collaborations planétaires et des organisations très souples.

Nous découvrons ce monde par les yeux de Robert Gu, qui sort d'un Alzheimer et retrouve une seconde jeunesse grâce à des traitements gérontologiques révolutionnaires. Il doit s'adapter à un monde nouveau. Un monde dangereux, car ces nouvelles technologies sont des armes terribles aux mains des sectes et des groupes terroristes, ce qui rend les agences gouvernementales de renseignement particulièrement paranoïaques.

L'anticipation à court terme est un art difficile. Il s'agit de décrire un futur proche crédible. Le monde a beaucoup évolué ces dernières décénnies, donc un futur crédible se doit d'être incroyable. John Brunner était un maître dans ce domaine. Son roman "Sur l'onde de choc" ("shockwave rider", 1974), inspiré de l'essai d'Alvin Toffler "Le choc du futur" ("Futur Shock", 1970), traite aussi d'un monde en évolution très rapide auquel beaucoups de gens n'arrivent pas à s'adapter.

Vernor Vinge montre avec "Rainbows end" que même si notre monde bouge très vite, il est possible pour la science-fiction de rester à la pointe. Bravo.

Petit Lot, Grand Aventurier

Stephen (alias Dagobert) vient de terminer son feuilleton Petit Lot, Grand Aventurier. C'est l'histoire d'un petit garçon qui commence à jouer au jeux de rôle.

J'aurais pu le signaler avant, vu que le premier épisode a plus d'un an maintenant. Là, c'est l'occasion de tout lire d'une traite.

Un pépin

J'ai écrit une deuxième nouvelle de SF ! La première était bien trop longue, celle-ci fait moins de 300 signes.

En effet, le but était de concourir pour le Prix Pépin, organisé par le magazine Géante Rouge.

326 Pépins ont été soumis. 32 ont été selectionnés pour le premier tour, dont le mien.

http://prix-pepin.monsite.wanadoo.fr/

Je ne peux pas vous dire lequel est de moi, pour ne pas influencer le jury (dont fait partie Marypop, que je salue au passage). Il reste en effet à décider qui aura le Pépin d'or !

Vous pouvez voter pour le prix du public. Tâchez de voter pour moi, mais il faudra d'abord deviner juste.

Spin

Je viens de finir Spin de Robert Charles Wilson.

Je recommande vivement ce roman. C'est de la science fiction on ne peut plus classique, presque à l'ancienne. Le sujet, la conquête spatiale dans un futur proche, peut paraître éculé. Sauf que le futur est à la fois proche et très éloigné : la terre est enfermée dans une sorte de bulle qui la ralentit d'un facteur cent millions par rapport au reste de l'univers. Cela change complètement l'échelle temporelle et Wilson exploite magnifiquement cette idée. Une des conséquences est qu'à force de prendre un milliard d'année dans la vue tout les dix ans, la durée de vie du soleil semble bien plus courte. Cela donne une atmosphère de fin du monde annoncée très bien rendue.

Quelques lectures SF

J'ai eu pas mal de chance ces derniers temps sur le choix de mes lectures, alors autant vous en faire profiter.

"La vitesse de l'obscurité", d'Elizabeth Moon. Le narrateur est autiste mais peut mener une vie quasi-normale grâce aux progrès de la prise en charge de la maladie. La companie pharmaceutique pour laquelle il travaille lui propose de participer aux essais cliniques d'un traitement capable de le guérir complètement. Ce roman est étonnant par sa description de l'autisme vue de l'intérieur. La façon de traiter le sujet de l'identité, en particulier le choix donné au personnage de modifier ses propres mécanismes mentaux, est très proche de la problématique de mon auteur préféré : Greg Egan.

"Le goût de l'immortalité", de Catherine Dufour. L'action se passe dans quelques centaines d'années. Le monde a été frappé par moultes épidémies et dérèglements climatiques. L'humanité s'est réfugiée dans les hauteurs d'immenses tours pour les plus chanceux, dans les sous-sols pour les autres. L'histoire de CMatic, entomologiste quelque peu dépassé par les évènements, nous est raconté sur le mode journalistique à travers les traces qu'il a laissé : contenu de sa puce RFID, factures d'hotels, messages electroniques, caméras de surveillance, etc. Cela laisse imaginer les travaux des futurs historiens ayant à leur disposition l'immense quantité de données que nous amassons sans trop le maîtriser.

"L'invincible", de Stanislas Lem. J'avais beaucoup apprécié Solaris que j'ai du lire vers l'age de 14 ans, et je n'étais pas certain de retrouver le même émerveillement maintenant. Le début m'a fait un peu peur : le thème a vieillit, les technonogies du futur sont gentiment obsolètes mais surtout il y a quelques absurdités physiques qui même pour l'époque ne sont guère excusables. Par exemple le vaisseau spatial, après avoir franchit des distances interplanétaires grâce à son moteur luminique, utilise ses rétro-fusée pour freiner au dermier moment. Cependant, le roman gagne ensuite un intérêt qui dépasse largement la seule nostalgie, à la fois par ses idées extraordinaires et par des images d'une poésie certaine.

Voila. Je profite de ce billet pour signaler la nouvelle très courte mais réussie de mon ami Dagobert : Cyberfunk (en anglais).

Première étape vers Le Prix du Pardon

En écrivant Le Prix du Pardon, je ne pensais pas vraiment pouvoir être rejoint par la réalité. Et pourtant...

D'après un article du New-York Times, l'église catholique délocalise ses intentions de messes en Inde. Les demandes transitent par les évêchés ou le Vatican, je me demande quelle marge est prise au passage.

Ce n'est qu'une première étape. Pour améliorer le processus, la création d'une place de marché électronique n'est qu'une question de temps. Après, pourquoi ne pas échanger des futures et autres produits dérivés ?

Sources: Markets in everything: outsourcing prayer, reprenant un article du New York Times.

Les passeurs de millénaires

Les Passeurs de millénaires

Ma nouvelle Le prix du pardon vient d'être rééditée dans le sixième volume de "la grande anthologie de la science fiction française", Les passeurs de millénaires.

Cela me console de n'avoir pas reçu le prix Rosny, malgré mes pots de vin.

Utopie

Les Horizons Divergents

Je suis en train de lire "Les Horizons Divergents", le cinquième volume de "La grande anthologie de la science-fiction française" (notice sur nooSFere). Il était temps, vous me direz, vu qu'il date de 1999. Il se trouve que je ne l'avais pas encore lu et que je voulais connaître cette série avant la parution du sixième volume.

Je connaissais surtout ce recueil par sa magnifique illustration de Manchu, dont l'original était exposé lors du festival "Visions du Futur" en 2002. Gérard Klein explique que cette image est une allégorie de la science-fiction française se penchant sur la science-fiction américaine.

Parmis toutes les excellentes nouvelles de ce recueil, j'ai particulièrement apprécié "Dire non" de Jean-François Somain. L'histoire se déroule dans un lointain futur, sur une terre devenue une société idéale. Cette utopie est régie par sept principes. Toutes l'habileté de l'auteur est de ne pas dévoiler ces principes trop vite. Nous découvrons ce monde par les yeux d'un personnage qui prend progressivement conscience que sa société ne laisse à ces citoyens qu'une illusion de liberté. La conclusion est superbe, je ne peux pas en dire plus bien entendu.